Jean-Pierre Boutinet
Professeur émérite de l'Université catholique de l'Ouest (Angers)

Une randonnée québécoise pleine d'étonnements


Pourquoi une telle équipée?

Dans son ouvrage sur L’usage du monde, l’écrivain suisse Nicolas Bouvier qui était en même temps un grand voyageur affirme qu’un voyage ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même (1). Alors, notre voyage au Québec, s’il se suffit à lui-même, pourquoi devons-nous encore nous forcer à écrire après coup à son propos ? En fait, écrire ici vise à mettre en mots nos souvenirs les plus significatifs concernant ce que ce voyage a pu nous apporter de plus marquant en termes d’évènements et de surprises : en quoi justement pouvons-nous prendre conscience qu’il se suffit à lui-même à travers toutes les surprises et étonnements qui nous ont fait sortir de notre banalité quotidienne et sont destinés désormais à imprimer durablement notre mémoire de ce Québec qui nous a accueillis et enchantés?

  1. Première surprise, en ce qui me concerne : alors que j’ai réalisé bon nombre de voyages, notamment professionnels, depuis des décennies, seul ou en couple avec Mamithé, là je me suis trouvé, début juillet, à partir en voyage sans Mamithé mais pas seul car accompagné de trois de mes petits-enfants, Chloée, Gaspard, Victorien et sans leurs parents ! Je prends vite conscience que pendant une douzaine de jours je vais être amené à vivre un étrange face à face entre deux âges de l’existence situés aux deux bouts d’un cycle de vie, un grand-père qui déjà arrive à l’entre deux entre sa septième et sa huitième décennie, des petits enfants qui sont eux dans un tout autre entre deux, celui de l’adolescence qui sépare l’enfance de la vie adulte, entre leur première et leur deuxième décennie. C’est cette surprenante situation qu’il m’a été donnée de vivre durant ces douze jours : une mise entre parenthèses certes provisoire de l’autorité parentale que le grand-père ne saurait détenir, cette autorité étant momentanément remplacée par une alternance entre des moments de connivence et des moments  de questionnement : ceux de deux âges qui s’observent, se côtoient et s’interrogent tout en s’appréciant, connivence et questionnement rendus possibles par la médiation de la découverte d’une province canadienne, le Québec ; cette province qui m’était familière et chère à travers de nombreux séjours, je l’ai toujours eue en grande estime mais elle restait encore une inconnue pour mes petits- enfants.
  2. Ce face à face insolite au départ, s’est vite transformé au cours des différentes étapes de notre voyage en des échanges continuels qui ont facilité un co-apprentissage des uns par les autres, en laissant de côté, autant que faire se peut, tablettes et portables ou en utilisant leurs données avec parcimonie. De ce projet de voyage, dans les mois et semaines qui l’ont précédé, j’en ai parlé autour de moi, tant en France qu’au Québec lorsque je suis venu le préparer au printemps et à chaque fois, j’ai été très surpris et intéressé de découvrir que de part et d’autre, mes interlocutrices et interlocuteurs ne restaient pas indifférents au projet mais me témoignaient d’un grand intérêt pour cette expérience qui leur semblait inédite et de ce fait captait toute leur attention.

DECOUVRIR LE JOURNAL DE VOYAGE  DE JEAN PIERRE ET DE 3 SES PETITS ENFANTS

[1] Cf. N. Bouvier, L’usage du monde.