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MON PARCOURS DE VIE ...

Ouvrir un site c’est inévitablement se lancer dans une aventure, sauter dans le vide en prenant soin malgré tout de jouer la sécurité en resserrant ses attaches.



Que puis-je donc dire de mes attaches ? Dans quel espace me cantonnent-elles depuis longtemps? Ces attaches sont d’abord pour moi celles d’un patronyme, Boutinet typique du Sud-Ouest charentais .Mais de telles attaches familiales à ce Boutinet par mon père, à Portet par ma mère, autre patronyme très régional sont aussi très locales à travers le lieu qui depuis ma naissance n’arrive pas à me lâcher la bride, ce lieu qui dans le hasard des circonstances m’a ouvert à la vie, Fontdouce, situé à mi distance entre Saintes et Cognac, juste aux confins des deux Charentes, en limite de Saintonge et d’Angoumois. Un tel lieu de naissance emprunt de sérénité ne saurait pourtant faire oublier le temps de ma naissance, celui de ces périodes sombres des années 1940 et quelques…où l’humanisme brandi quelques années plus tôt a été défiguré, juifs et tziganes en conserveront de durables meurtrissures, même si on pense spontanément aux premiers en oubliant les seconds. Ce Fontdouce qui m’a vu naître et grandir, au nom évocateur, fons dulcis, fontaine douce, qui fut naguère celui d’une abbaye médiévale, transformée par la suite en propriété viticole ; cette abbaye relève d’un ancien bien d’Eglise, érigé en son temps en monastère bénédictin au début du 12ème siècle par une dynamique communautaire d’hommes, sous l’inspiration de quelques personnalités charismatiques. Ce bénéfice ecclésiastique fut défiguré par les Guerres de Religion et confisqué à la Révolution par l’Assemblée constituante, pour devenir par la suite bien national et être rétrocédé à l’aube du 19ème siècle comme ferme agricole à la même famille, au sein de laquelle il est demeuré depuis maintenant plus de deux cents ans, actuellement objet de restauration et de réhabilitation.

Mais Fontdouce, ce lieu vallonné et arboré si attachant soit-il


 n’est qu’un lieu parmi d’autres qui exige le dépaysement pour éviter de susciter toute tentation d’enfermement. De l'abbaye de Fontdouce en Charente Maritime j’ai donc été amené voici une quarantaine d’années à effectuer une première migration vers l’Anjou à la faveur d’études en sciences humaines entreprises à l’Université catholique de l’Ouest (U.C.O.), des études qui étaient susceptibles de répondre au questionnement qui s’ébauchait déjà pour moi : comprendre ce monde social en constante métamorphose au sein duquel j’étais plongé et qui suscitait en moi déjà maints étonnements, à commencer par la verticalité architecturale de plus en plus prononcée de l’habitat urbain et suburbain qui se substituait souvent aux anciennes horizontalités ancestrales. Au terme de mes études universitaires et après quelques années d’enseignement à l’U.C.O., ayant suivi mon épouse pharmacienne qui prit officine à l’ouest d’Angers sur les bords de Loire à Ingrandes, c’est dans ce petit village de 1500 habitants, aux confins des anciens royaumes de France et de Bretagne que je me suis fixé depuis maintenant plusieurs décennies, sans pour autant avoir rompu tout lien avec Fontdouce qu’il s’agissait de restaurer. Ingrandes c'est-à-dire Aigues-randa signifie de par son étymologie celte limite d’eau, cette limite que constitue la Loire, une limite finalement davantage climatique entre la France septentrionale et la France méridionale. En fait la localité définit une double limite ; à celle d’un nord qui vient mourir dans la Loire pour laisser sa place sur l’autre rive, la gauche, au Sud, il faut ajouter celle d’un Est qui vient buter contre les territoires de galerne ; en effet Ingrandes est la dernière localité du Maine et Loire implantée au couchant du côté français mais accolée dans son Est à son symétrique breton Le Fresne en Loire Atlantique. Si la barrière de la Loire entre le Nord et le Sud est immémoriale, celle Ouest-Est entre le Royaume de France et le Duché de Bretagne est plus récente tout en remontant au IXème siècle de notre ère, séparant de façon durable deux cités voisines, Ingrandes et Le Fresne, tantôt sœurs, tantôt rivales.

Ingrandes, cité attachante d’adoption



qui m’a donné l’occasion d’un engagement municipal sur quatre mandats fut le lieu d’éveil et d’émancipation de nos trois enfants qui attirèrent à eux trois conjoints, nous donnant présentement la possibilité de goûter aux joies de grands parents auprès de nos six petits enfants ; ces derniers, lorsqu’ils ne séjournent pas à Fontdouce pour leurs vacances apprennent à découvrir durant leurs fréquents séjours ingrandais les charmes du val de Loire, tout en veillant bien à mettre à distance les dangers auxquels le fleuve expose, malgré sa nonchalance trompeuse. Ce val de Loire donne l’idée de la richesse de l’Anjou pluriel, province française que l’on réduit abusivement et trop vite à sa douceur, à son climat émollient et à sa tuffe friable. Ce val de Loire, typé dans ses paysages, dans le fleuve qui les traverse, la mobilité avenante de ses habitants, faite de tolérance et de goût à la relation ouvre aussi bien sur le Choletais, le Baugeois que le Segréen, tout en se prolongeant vers le Saumurois : une belle complexité de département dans ses paysages contrastés qui burinent des habitants eux-mêmes typés : qu’y a-t-il en effet de commun entre un Choletais et un Angevin ? Vous angevin, après avoir été donné votre conférence à Cholet (par quel hasard avez-vous d’ailleurs été invité à Cholet, à la place d’un Nantais ?), le soir, vous demandez votre route pour regagner Angers et vous entendez alors votre interlocuteur vous répondre : Ah ! Vous voulez dire la route de Paris !

L’étudiant charentais-angevin, devenu universitaire en sciences sociales


 va vite découvrir au cours de sa vie professionnelle une étrange situation paradoxale. En effet d’un côté il construit sur le long terme une carrière de stabilité qu’il inscrit, sans d’ailleurs l’avoir trop cherché, dans le cadre d’un même établissement, l’Université catholique de l’Ouest, et plus précisément au sein de l’Institut de psychologie et sociologie appliquées (IPSA) qu’il contribue à fonder dès les années 1970, avant d’en assurer la direction durant une dizaine d’années ; c’est dans un tel cadre qu’il gravit les échelons qui le mène d’assistant à maître assistant puis professeur ; c’est aussi au sein de cette même université qu’il est chargé de plusieurs missions liées notamment à une redéfinition du projet de l’établissement, liée aussi au développement de la recherche, ce qui l’amène à prendre la direction d’un Institut transversal à l’université, gestionnaire de cette recherche, l’Institut de recherche fondamentale et appliquée et ce durant neuf années. Mais d’un autre côté, dans ses cours et conférences comme dans ses travaux d’enseignant-chercheur ou d’intervenant auprès de différents milieux professionnels en fonction de ses secteurs d’expertise, au gré des auditoires qui le sollicitent, il devient vite un nomade, allant de lieu en lieu pour répondre aux différentes sollicitations qui lui sont faites. C’est ainsi que pour lui, une première mobilité en appelle toujours une autre : mobilité à l’intérieur du territoire national qui l’amène selon les semaines et les mois du Parc national armoricain du Faou soucieux de redéfinir son projet d’établissement, à l’Institut de formation des cadres de santé à Strasbourg, pour venir donner aux étudiants stagiaires une journée de formation, évidemment sur le projet, sa thématique privilégiée de recherche, projet de service ou de soin à moins qu ce soit le projet pédagogique. Sortant d’un cours sur Angers, il se dirige vers l’Université de Rennes qui le sollicite pour une formation d’animateurs de centres sociaux ; delà il gagne la région parisienne, à la demande d’une Maison des Jeunes et de la culture de Ris Orangis ; la semaine suivante c’est l’Ecole de Lyon qui forme des conseillers ANPE qui le retient pour une journée de formation avant de regagner le Rectorat de l’académie de Poitiers préoccupé de sensibiliser ses proviseurs aux logiques du projet d’établissement. Cette première mobilité territoriale dans les frontières de l’Hexagone vite acquise va se doubler d’une seconde mobilité hors frontières, d’abord mobilité dans un environnement proche autour des années 1970 en me déplaçant vers le Nord en direction de la Wallonie et de la Flandre pour la mise sur pieds de programmes de recherche avec l’Université catholique de Louvain, mobilité plus lointaine ensuite vers le sud dans les années

1975-80, ce grand sud de l’Afrique de l’Ouest


 si attachante et source de dépaysement culturel d’ Abidjan à Bamako : Abidjan pour plusieurs missions pluriannuelles en vue d’implanter un enseignement de psychologie dans le cadre de l’Institut catholique de l’Afrique de l’Ouest (I.C.A.O.), Bamako pour une opération de co-développement montée avec un ancien étudiant de l’I.C.A.O. dans un village en pays bambara, Fougadougou-N’Tyola, à mi-chemin entre Sikasso et Ségou. Autre migration dans les années 1990 vers l'ouest outre atlantique, Montréal au Québec et plus précisément Sherbrooke en Estrie, région bocagère qui voit alterner de façon harmonieuse forêts, pâturages et lacs ; il s’est alors agi de monter en partenariat un doctorat en éducation entre notre université et l’Université de Sherbrooke. Les années 2000 me donnent encore la possibilité d’escapades vers l’Est proche, celui de Genève pour assurer une suppléance comme Professeur invité de l’Université de Genève, vers un Est plus éloigné, Beyrouth aux multiples facettes, symbole de paix recherchée mais introuvable, un symbole parfois chèrement vécu par l’Université Saint Joseph qui m’accueille à plusieurs reprises dans le cadre de la formation de ses enseignants à la pédagogie du projet. Une autre opportunité s’est présentée aux antipodes en direction de la Polynésie pour établir un campement provisoire à Papeete en vue de donner quelques cours d’initiation à la démarche psychosociologique dans le cadre de l’ISEPP (Institut supérieur d’Enseignement privé du Pacifique), un Institut revisité plusieurs années de suite avec pour la première fois dans mes mobilités, un sentiment à chaque séjour à Papeete de fort dépaysement océanique : je perdais mes repères géographiques : nord, sud, ouest et est qui ’avaient perdu leur signification : je n’avais à regarder en face de moi aucune image familière quelle que soit ma position ni l’Amérique du Nord quand j’étais en Europe, ni l’Europe quand j’étais en Afrique, ces trois continents avec lesquels j’ai continuellement joué jusqu’ici. C’était un autre espace ternaire qui s’offrait à la vue, le triangle polynésien immergé sur des milliers de kilomètres délimité par Hawaï, la Nouvelle Zélande et l’île Pâque. Certes le soleil se levait toujours à l’Est mais pour chercher ensuite son zénith au Nord. Enfin dépaysé!!!

Cette étrange situation paradoxale


 de grande stabilité dans mon statut professionnel et de forte mobilité dans mes activités professionnelles ne laissait pas indifférent mon environnement de travail, contribuant sur le mode taquin, parfois sarcastique à forger sans doute à mes dépends une réputation du Tu n’es jamais là ; tu es toujours parti ! Enfin revenu, il y a bien longtemps que l’on ne t’a pas vu ! Cette réputation trouvait des ancrages forts dans l’U.C.O. et l’IPSA alors aussi que les activités déployées à l’extérieur étaient toujours menées au nom de l’université qui me rémunérait, alors que ces activités et contacts extérieurs devaient tôt ou tard bénéficier en retour à la formation de mes étudiants. Certes dans ces commentaires, pointaient souvent un mixte de reproche et sans doute de jalousie dissimulée ; mais une telle situation a eu le mérite de m’aider à prendre conscience de l’espace pluriel dans lequel doit se mouvoir tout enseignant-chercheur, s’il ne veut pas faillir à sa mission de formation : un espace qui voit s’entrecroiser continuellement quatre pratiques : pratiques d’enseignement à de futurs professionnels, de recherche dans la production de nouveaux savoirs ou de nouvelles méthodologies, d’animation et de gestion d’une communauté universitaire pour ne pas laisser à des étrangers à l’université le soin de le faire ou de le mal faire, d’interventions praticiennes en fonction des demandes ambiantes mais aussi de ses propres secteurs d’expertise et dans un double souci de valorisation de sa recherche et d’utilité sociale. A travers ces quatre pratiques qui m’ont permis de me réaliser et m’ont fait prendre conscience que j’ai été privilégié de pouvoir les exercer alternativement, il y a affirmation d’une spécificité de la fonction universitaire, spécificité encore trop peu développée qui pourrait constituer la fierté institutionnelle d’une université privée comme l’U.C.O.

Mais évoquer, comme je viens de le faire l’espace dans la diversité des lieux qu’il m’ a été donné de fréquenter,

c’est inévitablement convoquer aussi le temps


d’abord ce temps insolite postmoderne vécu présentement en début de troisième millénaire, un temps brouillon, de plus en plus haché par l’immédiateté et les délais (le fameux deadline au nom si révélateur), un temps qui impose sans cesse de concilier les contraires dans le goût de la redécouverte du passé et une exigence constante d’innovation, tout en suscitant une certaine hantise dans l’exploration de l’avenir. Un tel temps sollicite tellement dans l’instant impératif de l’urgence ou dans l’instant différé de l’agenda qu’il condamne les meilleurs à l’une ou l’autre forme d’épuisement, à ce temps insolite vécu trop souvent dans la précipitation. A de telles temporalités pathogènes issues de notre société communicationnelle, il faut superposer d’autres temps moins intempestifs, comme ces temps révolus faits de désormais de plus de quatre décennies de vie professionnelle qui furent quatre décennies de réalisations passionnantes sur fond de grandes mutations culturelles.

Ce sont de tels temps écoulés que vous retrouverez à travers le parcours de vie rappelé ci-dessous, à travers une œuvre écrite encore à l’état d’ébauche, à travers aussi des passions nourries dans le creuset d’une tribu constituée de solidarités éprouvées au gré des relations et rencontres.
















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